Les nombreuses couvertures et dossiers dans le Point, l’Express ou encore plus récemment dans Marianne nous montrent l’intérêt tout particulier que les médias français accordent à la franc-maçonnerie. L’approche de l’élection présidentielle oblige, les journalistes s’interrogent sur l’influence des maçons dans la politique. Alors, est-ce un fantasme très marketé de la presse française ou la franc-maçonnerie est-elle vraiment l’arrière chambre du pouvoir ?
En réalité, les profanes recherchent d’abord une méthode spirituelle et des valeurs humanistes, pour débattre sereinement de l’avenir de l’homme et de la meilleure manière de vivre ensemble. « La franc-maçonnerie demeure une école du libre-arbitre et elle ouvre une boîte à outils qui aide à mieux se comporter dans la vie. Nul besoin de la crier sur les toits ». La politique n’étant ainsi pas l’objet de toutes les conversations maçonniques contrairement à ce que bon nombre de médias sous-entendent.
C’est donc cette quête de sens qui explique cette attirance discrète pour les loges. Les francs-maçons se préfèrent gardiens du temple républicain que politiciens accomplis. En effet, les 160 000 membres de la franc-maçonnerie française n’ont jamais été aussi nombreux alors qu’ils n’ont pourtant plus de véritables bastions gouvernementaux comme le rappelle très bien Marianne.
Ceci dit, ce fantasme se nourrit de nombreuses affaires politico-financières qui ont marqué les loges à partir des années 90 ainsi que plus récemment avec l’affaire du Carlton à Lille.
Le poids des francs-maçons, au plus fort sous la troisième République, n’a cessé de décliner depuis lors et ce au profit de groupes de pression, confessionnels ou même corporatistes. Il faut ainsi noter que la Grande Loge Nationale de France souhaite que ses maçons ne s’expriment pas sur la politique et ce malgré une crise certaine de la présidence de François Stifani, dont l’engagement politique est connu de tous.
En comparaison, sous la présidence du Conseil de Léon Bourgeois, neuf membres, frères du Grand Orient de France, sur onze composaient son ministère.
Le fantasme autour de leur pouvoir et influence pousse ainsi de nombreux journalistes à se demander à quoi les maçons passent leur temps et comment se positionnent-ils vis-à-vis de la sphère politique. Certains médias s’alertent alors sur l’invitation du Grand Orient de France aux principaux candidats à la présidentielle de débattre dans les temples – le premier ayant mené l’exercice est François Bayrou, l’homme fort du centre qui se positionne comme une véritable alternative entre une gauche « molle » et une droite jugée parfois trop proche du Front national.
Cependant, c’est bien sur les valeurs qui fondent le GODF que sont interrogés les candidats et non pas sur l’éventuelle influence que pourrait avoir la franc-maçonnerie dans d’éventuels gouvernements. On retrouve ainsi des questions sur la dignité humaine, la solidarité sociale, la démocratie, la laïcité, la citoyenneté, l’environnement ou encore sur les Droits de l’homme… Seul un désintérêt profond pour ces valeurs maçonniques peut encourager des frères, de part leurs valeurs, à ne pas se positionner pour un candidat - à l’instar de Lionel Jospin en 2002 – qui n’a pas reçu le soutien des frères, ni même celui du GODF traditionnellement ancré à Gauche.
Certains pourraient souligner que cette séparation entre les travaux des loges et les chambres du pouvoir n’est pas aussi nette que présenté dans cet article. Alors certes, des loges comme celles du Droit Humain communiquent à plusieurs milliers d’élus leurs travaux mais les loges de la Fédération Française du Droit humain travaillent en permanence sur des sujets de société, comme la dépendance ou la gestion pour autrui. Seules les conclusions sont transmises. Cette communication, où seule la recherche du développement des valeurs républicaines compte, n’est pas plus neutre que les travaux de Think tank, de commissions ou encore d’intellectuels.
Tout comme un Think tank, les loges sont amenées à s’exprimer sur des sujets de société qui sont les leurs – prenons comme unique exemple la laïcité. Il faut ainsi bien se rappeler que les travaux dans les loges ou les agapes ne constituent qu’une boîte à outils pour mieux se comporter dans la vie afin de jouer un rôle dans la société et dans le développement de la République.
La franc-maçonnerie n’est donc pas un contre-pouvoir ou même un groupe de pression visant à protéger les intérêts d’une certaine élite. Elle est avant tout humaniste et marquée par une volonté d’échanger librement sur les droits de l’homme. Nous devrions également souligner que tout comme les profanes, les maçons peuvent librement se positionner en faveur d’un parti politique et ce sans faire référence aux travaux de leur loge.
J’invite ainsi plutôt les journalistes à se pencher sur l’apport de la franc-maçonnerie dans la construction de notre modèle républicain ou encore dans son apport à la liberté d’expression…
Quelques données sur 4 obédiences françaises :
Le Grand Orient de France est né en 1773 et compte près de 50 000 membres. Il est dit libéral non dogmatique et nondéiste. Le GODF garde un ancrage à gauche, avec un engagement progressiste marqué en faveur des droits sociaux.
La Grande Loge de France est née en 1894 et compte près de 33 000 membres. Ses valeurs sont avant tout républicaines : liberté, égalité, laïcité, … Elle se présente plus comme un conservatoire de valeurs que comme un laboratoire d’idées.
La Grande Loge nationale française est née en 1913 et compte environ 43 000 membres. Purement spiritualiste, l’obédience se consacre aux recherches philosophiques et symboliques.
La Fédération française du Droit humain est née en 1893 et compte 17 000 membres. Plutôt discrète et traditionnellement à gauche, la Fédération française du Droit Humain incite ses membres à jouer un rôle dans la société.

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